3rd International Conference on Behavioral Addictions (ICBA) – March 15th, 2016

INTRODUCTION

 

Un certain nombre de personnes se questionne sur l’existence d’une addiction à FB. Ce questionnement est réducteur, puisque sur FB, on peut faire plein de choses différentes…

Ainsi, considérer FB comme une activité homogène et la rendre responsable de créer des addictions est pour le moins douteux.

Nous avons donc voulu dans cette étude voir ce que les gens faisaient vraiment sur FB et quelles étaient les activités spécifiques susceptibles d’engendrer de l’addiction.

De manière très schématisée, on va définir l’addiction comme d’une part la perte de l’autonomie de l’individu par rapport à un produit ou un comportement et d’autre part par les conséquences négatives que l’addiction engendre (perte d’amis, de son travail, poursuite de la consommation malgré des problèmes de santé, etc.).

Pour aller plus loin: http://www.grea.ch/addiction-0

 

 

Déroulement de l’étude

L’étude s’est déroulée entre octobre et novembre 2015. Nous avons obtenu 857 questionnaires dont 682 étaient suffisamment remplis pour être exploitables.

Dans le questionnaire, nous avons posé des questions démographiques classiques (âge, sexe, etc.), des questions sur l’usage spécifique de FB, un questionnaire de dépendance à internet (l’IAT) et un questionnaire d’impulsivité (l’UPPS-P), trait de personnalité connu comme étant associé aux addictions.

L’IAT ou Internet Addiction Test est un questionnaire se composant de 18 questions du type : “Vous arrive-t-il de rester sur internet plus longtemps que vous en aviez l’intention au départ ?”, avec comme choix de réponse Jamais/Rarement/Parfois/Souvent/Toujours que l’on va ensuite coder en 0,1,2,3 ou 4 ce qui va nous permettre de calculer un score global qui va de 0 à 72.

L’UPPS-P est un questionnaire d’impulsivité. Il se compose de 5 sous-échelles qui mesure chacune une facette différente de l’impulsivité.
Un exemple de question est « J’achève ce que je commence. » Et le choix des réponses possibles est Tout à fait d’accord/Plutôt d’accord/Plutôt en désaccord/Tout à fait en désaccord.

Les 5 facettes mesurées par ce test sont:

  • Urgence négative: Tendance à avoir des réactions fortes lors d’émotions négatives
  • Urgence positive: Tendance à avoir des réactions fortes lors d’émotions positives
  • Manque de préméditation: tendance à ne pas prendre en considération les conséquences de nos actes avant d’agir
  • Manque de persévérance: Difficulté à rester concentré-e sur une tâche difficile ou ennuyante
  • Recherche de Sensations: tendance à aimer et rechercher des activités qui sont stimulantes ou excitantes ou encore à démontrer une certaine ouverture à tester des nouvelles expériences, même lorsqu’elles sont non conventionnelles.

Chacune de ces sous-échelles se mesure à l’aide d’un score qui va de 5 à 20 (5 questions par sous-échelles codées de 1 à 4)

 

 

RÉSULTATS

Lorsque vous allez sur Facebook, c’est principalement pour (plusieurs réponses possibles):

 

 

Dans l’ordre:

  • Lire le fil d’actualité: 57.5%
  • Regarder les photos de vos amis/contacts: 53.7%
  • Réagir en postant un (des) commentaire(s): 52.2%
  • Lire ce qu’il y a sur le mur de vos amis: 51.2%
  • Participer à l’activité d’un groupe : 34.8%
  • Poster un statut: 33.9%
  • Jouer: 9.8%
  • Partager les choses que je vois ou que je lis sur les sites que je visite: 6.5%

 

 

 

 

POUR LES ACTIVITÉS SÉLECTIONNÉES, VEUILLEZ INDIQUER VOTRE ORDRE DE PRÉFÉRENCE EN LES CLASSANT DU 1ER RANG AU DERNIER RANG.

 

Les barres de ce graphique représentent les rangs moyens obtenus sur l’ensemble de l’échantillon. Plus la barre est courte, plus l’activité est une activité préférée.

Par exemple, lire son fil d’actualité a obtenu le rang moyen de 1.87. En effet, parmi les 389 sujets ayant déclaré aller sur FB pour lire leur fil d’actualité, 206 ont donné à cette activité le 1er rang.

Les résultats dans l’ordre sont:

  • Lire le fil d’actualité: 1.87
  • Lire ce qu’il y a sur le mur de vos amis: 2.21
  • Poster un statut: 2.56
  • Participer à l’activité d’un groupe : 2.65
  • Partager les choses que je vois ou que je lis sur les sites que je visite: 2.70
  • Réagir en postant un (des) commentaire(s): 2.74
  • Jouer: 2.92
  • Regarder les photos de vos amis/contacts: 2.92

 

Distribution des scores du questionnaire de dépendance à Internet (l’IAT).

 

Les scores possibles vont de 0 à 72.

Le score le plus élevé obtenu est de 56.

Au-delà de 45, on va postuler l’existence d’un risque élevé de dépendance à internet :

La moyenne de l’échantillon vaut 16.8

  • 25% des sujets ont un score inférieur ou égal à 10
  • 50% des sujets ont un score inférieur ou égal à 15
  • 75% des sujets ont un score inférieur ou égal à 22
  • 0.9% (6 personnes) ont obtenu un score supérieur à 45…

Vous ne semblez pas trop dépendant-e-s à Internet 😉

 

Potentiels prédicteurs d’un score élevé à l’échelle de l’IAT
(c’est-à-dire d’avoir un risque augmenté de dépendance à internet)

 

Les résultats sont les suivants:

  • Certaines dimensions de l’impulsivité (Urgence négative, Urgence positive, Manque de préméditation)
  • L’âge: plus on est jeune, plus le risque est élevé
  • Aller sur FB pour jouer
  • Aller sur FB pour mettre à jour son statut

Ainsi, ce n’est en effet pas le simple fait d’aller sur FB qui augmente le risque de dépendance à Internet, mais certaines caractéristiques particulières, certaines non liées à FB, comme l’âge ou des facettes d’impulsivité, et d’autres liés à FB comme le fait de jouer ou de poster un statut.

Jouer semble relativement facile à comprendre. En effet, le pouvoir addictogène des jeux est déjà bien connu. Par contre, le mécanisme qui explique le lien entre le fait de poster un statut et un risque plus élevé de dépendance à internet reste pour l’instant difficilement explicable.

Affaire à suivre…

 

AUTEURS

Stephane ROTHEN

Service d'addictologie

Jory DELEUZE

Université catholique de Louvain

Sophia ACHAB

Service d'addictologie

Laurent KARILA

Service d'Addictologie

 

Gabriel THORENS

Service d'addictologie

Yasser KHAZAAL

Service d'addictologie

Daniele ZULLINO

Service d'addictologie

Joël BILLIEUX

Université du Luxembourg

Merci encore pour votre participation !

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